Trop libéral ou pas assez, telle est la question que se posent collectivement les Français à propos de Nicolas Sarkozy. Nul doute qu’ils feraient aussi bien de se la poser à eux-mêmes. Réformer le système de retraite, l’assurance maladie, l’assurance chômage, “rentabiliser” les dépenses publiques, chasser les rentes indues, tel est le souhait de chacun. Mais qui ose pousser la réflexion plus loin, vouloir non seulement la réforme mais aussi les conséquences de la réforme ? Personne ou presque.

Tant que les uns voudront plus de professeurs, d’infirmières, d’agents de police et d’agents d’ambiance, de médiateurs culturels et de peigneurs de girafe sous contrat subventionné, tant qu’ils voudront dans le même temps conserver les faveurs de leur régime spécial de retraite et la qualité des soins que leur assure un système de santé unique au monde, le tout sans s’exposer à une hausse de l’impôt sur le revenu ou de la CSG, sans encourager l’entreprise qui emploie leur conjoint à déménager dans un pays moins gourmand en charges mais alors sans non plus faire supporter la facture de tout cela à leurs enfants ni leurs petits-enfants, on ne s’en sortira pas.

Tant que les autres voudront dégraisser l’Etat, réduire les prélèvements obligatoires et les dépenses publiques, taillader les filets de sécurité sociale et privatiser sans discernement les services publics sans avoir à affecter les trois quarts de leurs revenus dans des assurances privées, des systèmes de sécurité pour les protéger des pauvres et des fonds d’épargne pour financer leur retraite et les études de leurs enfants, on en s’en sortira pas non plus.

Bref, tant qu’une explication globale et dépassionnée des enjeux ne sera pas livrée aux Français, chaque gouvernement sera assigné à la quadrature du cercle. Autrement dit à l’impossible.

J’ai écrit ça en octobre 2001. En le relisant, je me suis dit que cela avait un petit intérêt de le partager car nous ne sommes pas bien loin de la situation d’alors… 

Il a été dit, à la suite de la tragédie du 11 septembre dernier, que le XXIe siècle avait vraiment débuté à cette date. Quel est alors ce nouveau siècle ? Celui du « choc des civilisations » ?
Si tel est le cas, ne nous inquiétons pas trop : si l’on en croit Silvio Berlusconi, « il faut être conscients de notre suprématie ». Gaussons-nous légèrement : cette « civilisation supérieure » est celle qui a fait d’Oussama Ben Laden ce qu’il est, celle qui a joué l’islamisme contre le communisme sans la moindre conscience des conséquences qui, pourtant, commençaient à être visibles dans les Balkans, au Pakistan, en Afghanistan évidemment. La civilisation que M. Berlusconi admire tant a armé et arme encore les fous d’Allah (les moudjahidin tirent davantage au M16 américain acheté par l’Arabie Séoudite qu’à la kalachnikov détournée de feu l’Armée Rouge). C’est toujours cette civilisation qui, au nom d’une conception intégriste de la liberté individuelle, laisse s’établir, s’épanouir et s’épancher en son sein même les plus extrêmes prosélytes du djihad.
La supériorité de l’Occident n’est rien d’autre que de l’enflure, une baudruche de confiance gonflée de dollars et de scénarios hollywoodiens. S’il est une leçon à prendre de ces événements, espérons que ce soit une leçon de modestie.
Pour autant, ceux qui réfutent à grands cris toute hiérarchisation tendant à placer au-dessus des autres la civilisation occidentale seraient-ils prêts à soutenir que la soumission de la femme, les châtiments corporels, la guerre sainte, la confusion plus ou moins grande entre les pouvoirs spirituel et temporel, qui font partie des piliers de la civilisation musulmane, valent nos valeurs d’égalité, de laïcité, de tolérance et d’humanisme qui se trouvent au fondement de la civilisation occidentale ?

Opposer la civilisation occidentale à la civilisation arabo-musulmane n’a pas de sens car cette dernière, en définitive, fait partie de l’Occident. Culturellement, elle en est bien plus proche en tout cas que la civilisation japonaise.
La religiosité exacerbée de la société américaine, le puritanisme hérité des sectes protestantes, ont créé une forme de complicité avec les États religieux (Pakistan, Arabie Séoudite, Iran) ou du moins une compréhension particulière. À l’époque où le grand satan était le communisme, le dictateur pakistanais Zia vendit à la CIA la théorie du « Muslim Belt », ceinture verte qui contiendrait les Rouges. Les États-Unis ne se firent pas prier : union des croyants contre le communisme. Ainsi naquirent Ben Laden et les camps d’entraînement pour apprentis fondamentalistes sur fonds conjugués de Séoudiens et d’Américains.
Le communisme disparu, la guerre du Golfe terminée, les troupes américaines restant stationnées dans la région, l’entente cordiale s’est rompue. Les partis pris des États-Unis dans le conflit israélo-palestinien ont rendu l’Oncle Sam insupportable, surtout qu’il ne fit rien pour entretenir les relations nouées avec l’allié pakistanais, devenu inutile, se tournant même davantage vers le juteux marché indien, et rien non plus pour stabiliser l’Afghanistan après le départ des troupes soviétiques.
Tout cela parallèlement à une hypocrisie indécente : les millions des princes du pétrole mécènes des terroristes se recyclaient aussi dans les fonds d’investissement américains, dans les palaces parisiens ou encore sur les yachts de la Côte-d’Azur. En somme, voilà deux mondes qu’on dit aujourd’hui en guerre, mais deux mondes étroitement entremêlés.
Les États-Unis ne représentent pas le Bien contre le Mal : ils ne se sont jamais battus pour la démocratie, pour les droits de l’homme ou même pour l’Occident. Ils se sont battus pour défendre leurs intérêts immédiats ou leur avenir. Aveuglés par le souvenir de la Libération, nous idéalisons les États-Unis, nation qui n’est rien d’autre qu’égoïste parmi d’autres nations égoïstes, cynique parmi les cyniques, d’autant plus que tout est fait sous couvert de grands et généreux principes qui ne sont en fait autre chose que des slogans bons pour CNN.
Qu’on ne voie pas là de l’anti-américanisme primaire ! le constat dressé consiste juste à rappeler que les États-Unis, plus puissants et plus riches, ne sont pas pour autant plus désintéressés et plus généreux que les autres nations qui se réclament des Droits de l’homme ; ils ont seulement un art inégalé pour le faire croire.
Il est malséant de le dire mais, cessons de nous leurrer, les relations internationales ne peuvent pas être fondées essentiellement sur le droit des gens. S’il peut leur arriver de se rapprocher de ces critères, c’est que, exceptionnellement, les grands médias dominants jouent leur rôle d’alerte de l’opinion, mettent en exergue une insupportable situation, et créent un mouvement qui pousse les gouvernements à se saisir de ces problèmes. Les trois quarts du temps, les résolutions de l’Onu sont prises dans la plus parfaite indifférence. Des déclarations d’intention, des condamnations de principe sont prononcées mais on en reste là et le « droit des gens » reste bafoué sans émouvoir personne.
La litanie serait longue, des guerres oubliées ou des pommes de discorde que les « gendarmes du monde » n’ont arrachées que lorsque le fruit était déjà mûr.
Une fois pour toutes : l’intervention d’une nation dans un conflit qui lui est étranger, opération qui coûte cher et qui peut entraîner des pertes humaines, ne se décide pas à la légère et ne se décide tout court que si un bénéfice en est à retirer, soit qu’il y ait danger pour elle à laisser prospérer l’embrasement (mobile extra-national), soit qu’il y ait une nécessité de politique intérieure, autrement dit une pression de l’opinion sur ses gouvernants (mobile intra-national). Cette règle est indépassable car une nation dans son être collectif et unitaire, obéit à une rationalité différente de celle des individus qui la composent.

DRPatrick Devedjian est décidément un homme stupéfiant. Connu pour son “franc-parler”, le secrétaire général de l’UMP justifiait il y a quelques jours l’implication de Cécilia Sarkozy dans la libération des infirmières bulgares à l’antenne de i.Télé et prolongea son propos par de sidérantes considérations sur la réforme des institutions: M. Devedjian a en effet émis l’idée que l’épouse du chef de l’Etat ait un statut officiel inscrit dans les institutions en le justifiant par le fait que les conjoints de monarques en sont ont tous dotés !

Cécilia, bientôt impératrice consort?

DR

L’intervention de Cécilia Sarkozy dans l’affaire de la libération — heureuse — des otages bulgares en Libye est totalement surréaliste. L’épouse du Président de la République, qui n’a d’autre titre officiel pour agir que le culot officiel de son mari, défendant l’utilité de la “présence symbolique” de sa femme pour asseoir la relation personnelle qui s’instaure entre Kadhafi et lui, et apporter de l’humanité et de la compassion à l’approche française… et puis, plus officieusement, graisser la patte de la fille du Colonel.

Mais le plus surréaliste est la présentation de l’initiative par les médias français au début de l’intervention : on présentait Cécilia Sarkozy, à l’arrivée à Tripoli de la délégation, comme étant accompagnée du commissaire européen en charge du dossier ! Une faute de goût que la présidence a tenté de réparer au retour, Cécilia se tenant désormais en retrait.

Drôle de méthode. L’hypernépotisme de l’hyperprésident nous promet-il des hypercrises diplomatiques ?